Le makila : Le bâton ROI du pays basque …

Demandez à des basques de vous évoquer un savoir-faire spécifique. Tous vous citeront le Makhila (makila).

Ayant vécu cette expérience, j’étais très curieuse de partir à la découverte de ce makila et de comprendre cet attachement à ce bâton.

Pour tenter de percer les secrets de ce savoir-faire traditionnel une seule adresse : l’atelier Ainciart Bergara à Larressore.

Je quitte donc Espelette et son agitation pour me rendre dans le bourg bien plus calme de Larressore situé sur l’ancienne voie commerciale Bayonne Pampelune et sur un chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Village typique et ambiance studieuse dans l’atelier

Au cœur du bourg, sur sa grande place  se trouve, depuis 1880, l’atelier de fabrication de Makhila de la famille Ainciart Bergara. Rien n’a changé les générations se succèdent avec la même passion pour la fabrication de ce bâton traditionnel !

Rencontre avec les gardiens de cette tradition depuis 200 ans !

Un compagnon de route somptueux :

C’est Nicole Bergara (7ieme génération) qui va nous faire visiter l’atelier familial et qui va surtout nous parler de ce bel objet.

Elle nous explique que pour comprendre le makhila il faut connaitre l’attachement des basques à leur maison & aux traditions familiales. Je me rends vite compte que ce ne sera pas facile de percevoir toute la symbolique de l’objet si l’on n’est pas originaire du pays basque !

Nicole nous explique que le makhila est à l’origine un bâton populaire que l’on offrait aux jeunes pour leur passage à l’âge adulte et aux plus âgés pour des occasions importantes de la vie (une récompense, un mariage, un départ en retraite …). Certains pèlerins se l’offraient également pour leur chemin vers Saint Jacques.

 

Il devient ensuite un cadeau somptueux donné en présent aux plus grands de ce monde (pape, présidents de la république, maréchaux, souverains, personnalités …).

C’est  un cadeau personnel, ne vous présentez pas à l’atelier en espérant repartir avec n’importe quel Makhila !!!

A l’atelier, on travaille sur commande à partir de votre poids, votre taille.  Et oui, ce bâton va être fait pour son futur propriétaire, on va y graver sa devise, ses initiales sur le pommeau …

Et il se mérite, car il faudra que chaque artisan ait patiemment créée et assemblé la vingtaine de pièces qui le compose ! La fabrication d’un Makila mobilise l’atelier pendant 3 jours, mais le bois à lui seul a mis au moins une dizaine d’années à révéler sa couleur !

Secrets et savoir-faire uniques mis en œuvre dans cet atelier :

Un bois unique par son décor et sa couleur :

Le Makhila est toujours en Néflier. Cet arbre que l’on trouve dans nos forets va être  «scarifié» «gravé» marqué sur pied au printemps lors de la montée de sève. Puis, il sera coupé en hiver.

La tige va être redressée et l’écorce retirée par un passage dans un four à bois.

Le bois devient alors blanc et selon un savoir faire (tenu secret) on va lui appliquer un traitement qui va révéler sa couleur au fil du temps de séchage. Un long séchage de plus d’une dizaine d’années (parfois 20 ans).

C’est la beauté et la magie de l’artisanat, avec le même procédé chaque bois va prendre une couleur unique.

Le pommeau et son secret : Sa pointe !

N’oublions pas que c’est un bâton de marche donc on s’appuie sur le pommeau.

Il est finement gravé et personnalisé (blason, initiales, emblème, symboles…). Aujourd’hui, c’est Liza la fille de Nicole qui s’occupe de cette étape. La 8ieme génération poursuit la tradition…  

Le beau pommeau renferme une pointe ou une dague si vous préférez ! car le Makila servait autrefois à se défendre.

Les chemins n’étaient pas surs ! 

L’arme blanche n’a pas disparue elle reste toujours cachée dans son pommeau, même si elle n’est plus utilisée.

La ou les viroles :

Il s’agit d’une plaque de laiton, de maillechort (métal argenté) ou d’argent qui va être arrondie et qui va habiller les deux extrémités du Makila.

Dans la partie supérieure du makhila la virole est accrochée à la pointe.

Le pommeau garant du secret vient se visser sur la pointe et fait corps avec la virole. C’est impressionnant car la réalisation est si parfaite et les ajustements si précis que l’on ne perçoit pas de démarcation entre la virole et le pommeau donc si on ne le sait pas on ne pensera pas à deviser le pommeau pour découvrir la pointe !

 

Les viroles sont méticuleusement poinçonnées et ciselées à la main. La virole haute porte le prénom et le nom du propriétaire, sa devise (traduite en basque ! On connait tous l’attachement des basques à leur langue).

Sur la virole basse on  trouve le nom du fabricant donc de l’atelier et son année de fabrication. Et d’autres éléments comme la croix basque et la fougère permettent d’authentifier que le Makila vient de l’atelier Ainciart Bergara….

Le tressage de la poignée et de la dragonne

 

Pour certains modèles la virole haute est remplacée par  un tressage très spécifique. Le cuir provient d’une tannerie locale et le savoir faire se transmet de génération en génération.

 

Nous verrons le magnifique résultat mais le procédé reste un secret de l’atelier !

 

Puis le makhila se termine par sa flèche.

Voila comment dans la petite ville de Larressore la magie  opère depuis 200 ans, secrets et tours de main transforment un bâton de néflier en objet de luxe.

Félicitations aux garants de cette belle tradition qui a valu à l’atelier une distinction rare : Le ministère de la culture a demandé son inscription  à l’inventaire des Métiers d’Art Rares au titre de la convention pour la conservation du Patrimoine Culturel Immatériel. 

N’hésitez pas à consulter le site internet de l’atelier : vous pourrez y voir de beaux reportages et visiter l’atelier avec Charles et Nicole Bergara. 

Ce que j’ai aimé :

L’ambiance de l’atelier authentique ouvert toute l’année. 

La beauté des Makhilas, forcement !

 

A noter : La famille Bergara a aménagé un petit musée sur la place qui permet tranquillement de découvrir les différentes étapes de fabrication sans gêner le travail dans l’atelier, ce qui est pratique si l’on souhaite prendre son temps pour découvrir ce savoir-faire avec des enfants.

 

Eskerrik asko eta bisita atsegina makhilas lurretan

Autres posts à lire sur le pays basque :

  • Les espadrilles Don Quichosse,
  • Le tissage Ona-tiss,
  • L’art de la poterie à la corde Goicoechea

7 commentaires sur “Le makila : Le bâton ROI du pays basque …

  1. Merci Christelle, je découvre une fois encore grâce à toi un univers insoupçonné.
    Quelle merveilleuse idée de nous faire découvrir ces pépites bien françaises.

  2. Très sympathique reportage ! Mon makhila a 20 ans, c’est mon compagnon fidèle sur les chemins de montagne même vivant loin de mes Pyrénées.

  3. Je suis revenue sur ce beau reportage pour te féliciter de sa qualité et des photos… On comprend bien ou on découvre l’attachement des Basques à cet objet de luxe… Milesker Christelle. Phonétiquement.. merci en basque ?

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